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N°152 - Mai 2012
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Par Jean-Claude Casanova

 
 

Les électeurs et l'Europe

 
 

- Une personne au moins à Washington est attentive au résultat de l'élection présidentielle française, c'est le président Obama. Car il va se trouver dans la situation où s'est trouvé le président Sarkozy : en demandant aux électeurs, dans sept mois, le renouvellement de son mandat. Comme on sait, ce n'est pas automatique. En 1980 le Démocrate Jimmy Carter avait manqué son renouvellement, de même le Républicain George Bush en 1992, bien qu'il ait été un grand Président. Ne géra-t-il pas admirablement la chute de l'Union soviétique en organisant avec le chancelier Kohl la réunification de l'Allemagne et en ramenant la Pologne dans le giron occidental ? Ses mauvaises relations avec Israël et, surtout, la lenteur de la reprise économique le firent capoter et assurèrent la victoire du président Clinton. En revanche son médiocre fils, George William Bush, fut réélu en 2004, porté par la vague patriotique déclenchée par le «  11 septembre  » et par les interventions militaires en Afghanistan et en Irak.
Pour l'instant les sondages donnent un léger avantage au président Obama. Pourtant les observateurs s'accordent à penser qu'il peut être battu. Pourquoi ? D'abord à cause de son adversaire le Républicain Mitt Romney, désormais certain de remporter les primaires de son parti. Romney est un patricien : son père a été gouverneur, ce qui, aux États-Unis, confère une grande dignité, lui-même a été gouverneur du Massachusetts, un des États les plus progressistes de la Fédération. Il est très riche, car il a développé une grande entreprise financière. Il est Mormon. Cette religion, née en Amérique au xixe siècle, vient du christianisme protestant mais s'en sépare par une révélation et des dogmes singuliers. Sa richesse le desservira dans l'opinion et Obama qui souhaite taxer davantage les riches ne manquera pas d'en tirer prétexte. Sa religion ne l'avantagera pas, mais les Mormons, qui ne sont plus polygames, ne sont plus ostracisés, et, après tout, son père et lui-même ont déjà été élus dans des États dans lesquels le protestantisme libéral et le catholicisme irlandais et germanique prédominaient. Ses principaux atouts sont la modération et l'intelligence, qualités que possède également Obama. À la tête du Massachusetts il a instauré un système de santé analogue à celui que le président Obama a fait voter au Congrès pour l'ensemble du pays. Mais, issu de la gauche du parti Républicain il a dû, pour gagner la primaire, contredire sinon renier beaucoup de ses positions passées. Bien sûr, il va parcourir maintenant une partie du chemin opposé, mais on ne manquera pas de souligner ses volte- face, sans compter que rien ne prouve encore qu'il ait réussi à séduire la droite républicaine, ce que l'on appelle le Tea Party, expression antérieure à la Révolution américaine désignant les adversaires de toute fiscalité et surtout de toute intervention publique. Ces faiblesses étant soulignées, Romney reste un adversaire redoutable pour Obama.
D'abord parce que le président sortant offre un bilan honorable sans être exceptionnel. Il a évité que la récession ne se transforme en dépression, les banques et l'industrie automobile ont retrouvé la santé, le chômage s'est réduit à 8, 2 % de la population totale, mais il demeure élevé pour l'Amérique. On attend pour 2012 une croissance du PNB de 2, 1 % (plus du double de l'Europe) mais le déficit public reste excessif, autour de 7, 6 % de PNB, heureusement avec des taux d'intérêt faibles. Rappelons, en passant, que la Grèce, avec 7, 8 % de déficit, affronte des taux d'intérêt très élevés, ce qui prouve que seul le degré de confiance importe en cette matière et que les marchés font davantage crédit aux Américains qu'aux Grecs pour s'acquitter de leurs emprunts.
En politique étrangère Obama a été plus que prudent : il ménage la Chine et, au grand dam d'Israël, n'affronte pas directement l'Iran, il quitte l'Afghanistan par étapes sans se faire d'illusion sur la suite.
À ce bilan globalement positif, Romney va opposer une politique plus vigoureuse. Il vitupère la Chine qui, à ses yeux, manipule son taux de change (ce qui est de moins en moins vrai) et soutient Israël dans ses menaces à l'égard de l'Iran. Il promet de réduire les impôts et les dépenses publiques. Obama élèverait le taux marginal de l'impôt sur le revenu à 39, 6 %, lui le réduirait à 28 %, plus bas encore que Reagan. (Notons qu'il ne s'agit que de l'impôt fédéral, car il existe, en plus de celui-ci, aux États-Unis, des impôts locaux sur le revenu).
Ce que l'on peut prévoir est que le Président Obama va moins défendre son bilan qu'attaquer son adversaire, et que Romney devra concilier sa modération naturelle et les attentes radicales de son électorat. Il en résultera un risque de polarisation accrue de la politique américaine. L'issue dépendra du vote des électeurs d'origine latine, mais surtout de l'affrontement personnel de deux hommes de qualité face à une opinion qui semble s'éloigner de ce qui a fait la grandeur de la politique américaine : le sens des compromis raisonnables. La difficulté centrale, aux États-Unis comme en Europe, étant qu'il faut à la fois réduire la dépense publique et augmenter l'impôt. Nous verrons dans les années qui viennent qui, de l'Europe ou de l'Amérique, réussira le mieux sur ce chemin difficile.

 
 

Jean-Claude Casanova

 
 
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