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AOn connaissait les harcèlements sexuel ou moral, voilà qu'apparaît sur le marché une forme tout à fait inattendue, le harcèlement démocratique. Il consiste à faire voter les citoyens jusqu'à ce qu'ils répondent conformément au désir de celui qui les interroge. La Corse va bientôt être atteinte par ce syndrome sans qu'elle ne soit en mesure de s'en prémunir.
Au départ, il fallait donc un référendum. Il a eu lieu en juillet 2003. Jacques Chirac à la présidence de la République, Jean-Pierre Raffarin à Matignon et Nicolas Sarkozy à l'Intérieur, ont demandé au corps électoral de l'île s'il voyait un inconvénient à ce que qu'on lui supprime ses deux départements qui ne servent à rien, au profit d'une collectivité unique.
Les insulaires ne pouvaient que répondre « oui » puisque l'intelligence, notamment celle de ceux qui avaient pensé à leur place, le commandait. Mais, fait insolite, alors que la quasi-totalité de la classe politique avait appelé à trancher dans le vif institutionnel, le peuple, souverain, décidait qu'il valait mieux réfréner l'ardeur de ses élus. Une réaction insensée et totalement insupportable aux yeux de ces derniers.
Et depuis ça rumine sec : comment faire accepter par la populace ce qu'elle a eu l'audace de refuser ? En recommençant l'opération électorale d'une façon ou d'autre.
On vient d'ailleurs de vérifier l'efficacité de cette méthode de la répétition à la Martinique. En octobre 2003, à la suite du référendum corse, la même question était posée aux Antillais. Et eux aussi déclinaient l'offre ? C'est leur droit. Eh bien non ! Pas du tout. Le 24 janvier dernier, on leur a donc reposé cette question en leur laissant clairement entendre que, s'ils ne comprenaient pas comment ils devaient voter, on pourrait bien les convier une nouvelle fois à se dédire. Honte à eux. Pour qu'on leur fiche la paix, ils se sont réfugiés dans l'abstention et ils ont laissé une faible majorité d'entre eux convenir qu'une seule collectivité, c'est beaucoup mieux que deux .
Les Irlandais aussi savent ce que revoter sur un même sujet veut dire. Le 12 juin 2008, on a bien voulu leur demander s'ils étaient prêts à ratifier le traité de Lisbonne qui doit faire leur bonheur. Non qu'ils disent. Quoi ? Mais c'est quoi ce « non » ? Sanction immédiate : le retour aux urnes afin qu'ils changent d'avis, ce qu'ils firent d'ailleurs.
En France même, sur ce même sujet : complètement déboussolés, ces grands enfants que sont les électeurs, rejetaient l'offre d'une Europe présidentialisée à la majorité qualifiée. Quelle faute de goût ! L'affaire était décidément trop importante pour la confier au peuple. On a donc prié les grands électeurs, députés et sénateurs réunis en congrès, de reprendre de la hauteur.
Et c'est maintenant au tour des Corses : Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, est venu en novembre les prévenir qu'il y a des choses qui ne se font pas. Nicolas Sarkozy a repris le même thème deux mois plus tard. Et c'est bien le diable, si on ne va pas finir par leur coller dans la gueule cette collectivité unique, et tout ce qui va avec.
Non mais ! C'est quoi ces gens ?
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