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N°152 - Mai 2012
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Par Joseph-Guy Poletti

 
 

La Corse en bleu marine

 
 

S'il ne dépendait que de la Corse, François Hollande n'aurait pas été présent au second tour de la présidentielle au bénéfice de Marine Le Pen.

 
 

- Cette élection n'est pas la nôtre  » a déclaré dans la nuit du premier tour de la présidentielle un des leaders de Corsica Libera. Poursuivant : «  Je n'ai d'ailleurs pas voté.  » Peut-être pas la sienne, mais celle du «  peuple corse  » certainement. Et ça a quand même une certaine importance surtout lorsqu'on ne peut plus s'abriter derrière l'argument commode de la fraude, nécessairement «  généralisée  », qui aurait fait dire aux électeurs ce qu'ils n'avaient pas l'intention d'exprimer par leurs suffrages.
Le peuple corse a d'ailleurs voté, il a voté jusqu'à plus soif ; en tout cas, davantage - douze points de mieux - que lors du dernier scrutin territorial qui est censé être le sien. Plus de 160 000 insulaires ont répondu à l'appel pressant des urnes quand ils n'étaient que 133 000 en mars 2010. Alors même que, sur les deux ans séparant ces deux consultations, le nombre des inscrits n'a augmenté que de sept mille.
Au moment où ces lignes sont écrites, nous ne savons pas quel candidat le pays a, en fin de compte, retenu pour le placer à la tête de l'État. Mais, s'agissant de la Corse, elle a tout dit, elle a dit ce qu'elle avait à dire dès le premier tour tant son expression est sans ambages. S'il ne dépendait que d'elle, François Hollande n'aurait pas été présent au second tour puisque, tout comme Lionel Jospin devancé par Jean-Marie Le Pen, il se situe en troisième position derrière sa fille.
En Corse donc, le 21 avril 2002 n'était pas une péripétie. C'est une façon de penser, une manière de vivre.
On a beaucoup glosé sur le résultat de la territoriale de mars 2010 et la percée spectaculaire des nationalistes qui affichaient un resplendissant 42 000 voix. Certains ont voulu y lire une page qui se tourne, une aube nouvelle, une entrée en grâce autonomiste. Ce n'était que du trompe-l'oeil. C'est au premier tour de la présidentielle de 2012, et ces quelque 40 000 suffrages de Marine Le Pen, que ce fut du lourd.
On s'est aperçu à cette occasion que, quand les électeurs de Corse sont débarrassés des contingences de proximité qui leur font envoyer une majorité de gauche et qu'ils doivent s'exprimer sur des valeurs et uniquement sur elles, ils optent pour la droite, voire pour la droite extrême. Les nationalistes ont été abusés par leur propre succès. En raison de leur résultat appréciable de mars 2010, ils pensaient validé et acquis l'attachement du peuple corse auquel ils se réfèrent tant et qu'ils pensent connaître dans les moindres recoins de son âme, à une souveraineté, partielle ou totale, de l'île.
En votant, dans une proportion identique, en faveur de Marine Le Pen, ce même peuple vient de donner son approbation à une limitation des pouvoirs de la région, à la fin de l'Europe, et au passage au rétablissement de la peine de mort.

 
 

Joseph-Guy Poletti

 
 
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