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Le blanc et le noir, liés par leur contraste, jouent un rôle essentiel dans notre culture souvent dualiste. Le drapeau corse, avec le breton, est sans doute un des seuls au monde à ne comporter aucune couleur. Le latin désignait chacune de ces nuances par deux mots qui différenciaient le lumineux du mat : albus et candidus, blanc mat et blanc brillant, s'opposaient à ater et niger, noir mat et brillant. Seul le dernier de ces adjectifs existe encore dans les langues romanes dans l'usage courant, les autres n'ayant comme descendants que des mots savants.
La racine des mots blanc, biancu, bianco, etc., est en effet germanique : blank, brillant, blanc, qui a d'ailleurs été remplacé depuis par une autre racine dans les grandes langues de ce groupe (white, weiss).
Biancu désigne souvent l'absence de couleur : i panni bianchi s'opposent aux panni in culori. U biancu, ce peut être la craie. Biancamaria ou Bianchina personnifient la neige. Etre biancu è rossu, est signe de bonne santé, tandis que l'insomniaque passa i nuttati in biancu. Essa biancu cum'è una pezza ou sbiancatu est souvent l'expression physique de la terreur. A barba bianca symbolise l'âge avancé, et la présence d'un vieillard dans la famille est censée être bénéfique : Disgraziata a panca duv'ella ùn posa barba bianca. Quant au figliolu di a ghjallina bianca, il est favorisé du destin, "sorti de la cuisse de Jupiter". I Bianchi, en opposition aux Neri, étaient l'appellation d'un des deux clans dont l'affrontement a fait (fait encore ?) notre vie politique. Les composés du mot sont nombreux : biancaghju (chjaresgi biancaghji) ou bianconi désignent des variétés de fruits. U biancore ou a bianchezza sont les noms correspondants à biancu. Quant aux bianchetti, très appréciés à Ajaccio, ce sont des alevins (poutine en Provence) à préparer en beignets. Dans le vocabulaire des pêcheurs, u biancu è tassoni désigne un fond de sable et d'algues mêlés.
Neru ou negru vient du latin niger, nigrum, de provenance autre qu'indo-européenne. Son diminutif nigellus aboutit à notre niellu, nieddu. Le mot s'oppose bien sûr à biancu. On appelait ainsi vinu neru celui que le français qualifie de rouge, et le cépage dominant du Nord de la Corse se nomme niellucciu. Le mot a souvent des connotations négatives : a fami nera, la misère noire. La noirceur est souvent renforcée par des comparaisons : neru cum'è inchjostru, cum'è un corbu, cum'è u catramu, cum'è u carboni, cum'è un catinacciu, cum'è un fondu di paghjolu, negru pecitu. U negrufume est le noir de fumée. I pinseri neri sont évidemment tristes.
On trouve l'adjectif, souvent associé à biancu, dans de nombreuses formules traditionnelles, comme celle qui accepte le destin avant une action risquée : Pecura nera, pecura bianca, à chì mori mori, à chì campa campa. On ne peut ici que penser au passé païen où des victimes blanches étaient sacrifiées aux dieux d'en haut, et des noires aux dieux d'en bas. Le noir, ce peut être aussi l'encre sur la feuille, comme dans la chanson traditionnelle ou la mer devient vaste page blanche où inscrire la force d'un sentiment.
Sì lu mari fussi inchjostru
È a rena una carta bianca
I tavulini à l'intornu
Cù li scrivani di Francia
Par scriva lu nostru amori
Ùn ci ni saria à bastanza.
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